Bonjour,
Les laboratoires du groupe BIOGROUP réalisent, pour le compte de ses patients, des analyses médicales et proposent d’envoyer les résultats par e-mail.
Les e-mails ne sont pourtant pas considérés comme des moyens de communication sécurisés, car leur contenu n’est pas chiffré. Cela veut dire qu’un intermédiaire pourrait très bien, s’il le voulait, intercepter les e-mails envoyés par BIOGROUP et lire leur contenu.
Les données de santé des patients sont intégrées en pièce jointe des e-mails, dans un document PDF protégé par un mot de passe. Le format de ce mot de passe est cependant communiqué, en clair, dans l’e-mail. Il correspond aux trois premières lettres du nom de famille du patient suivies de sa date de naissance au format JJMMAAAA :
« Un mot de passe vous sera demandé pour ouvrir le fichier PDF joint, celui-ci est composé des 3 premières lettres de votre nom (marital, en MAJUSCULES), suivi de votre date de naissance au format JJMMAAAA.\nExemple : Mr Jean DUPONT né le 15/01/1990 : DUP15011990 »
Communiquer la composition du mot de passe réduit drastiquement la sécurité du dispositif, car un attaquant qui mettrait la main sur l’un des e-mails de BIOGROUP ne devrait pas tenter toutes les possibilités pour découvrir le mot de passe, mais seulement celles qui suivent le format donné.
L’objet des e-mails contient le nom de famille et le prénom du patient, ce qui affaiblit encore d’avantage le dispositif, car un attaquant n’aurait plus qu’à deviner la date de naissance du patient, soit exactement 36 891 possibilités, si on considère que la personne a entre 1 et 100 ans.
La majorité des machines grand public trouverait un tel mot de passe instantanément.
Ce semblant de sécurité rassure probablement les patients qui pensent que leurs données de santé sont correctement protégées. La réalité est que ce dispositif est complètement inutile, d’un point de vue de la sécurité. Les données de santé des patients ne transitent, certes, pas en clair, mais dans un document PDF protégé par un mot de passe tellement faible, que la sécurité peut être considérée comme inexistante.
Le RGPD impose pourtant que les données à caractère personnel, dont les données de santé, doivent être sécurisées avec des « mesures adaptées aux risques » :
« Compte tenu de l’état des connaissances, des coûts de mise en œuvre et de la nature, de la portée, du contexte et des finalités du traitement ainsi que des risques, dont le degré de probabilité et de gravité varie, pour les droits et libertés des personnes physiques, le responsable du traitement et le sous-traitant mettent en œuvre les mesures techniques et organisationnelles appropriées afin de garantir un niveau de sécurité adapté au risque » (Article 25-1 du RGPD)
Je ne considère pas que les mesures soient adaptées aux risques, étant donné le caractère sensible des données communiquées.
Je vous invite à modifier ce dispositif pour protéger la confidentialité des données à caractère personnel de vos patients.
Je vous invite aussi à considérer la nécessité d’avertir la CNIL et d’informer les patients que leurs données à caractère personnel ont transité de manière non sécurisée et ont potentiellement été interceptées.